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Quelle différence entre sRGB et Adobe RGB ?

août 2010, par Daniel Metz

 

Tous les photographes savent que le profil Adobe RGB a un gamut plus large de le profil sRGB. Mais très peu savent cerner la subtile différence qui existe entre ces deux espaces colorimétriques pour faire le bon choix photographique.

Qui peut le plus peu le moins ! Alors si Adobe RGB est un peu plus large que sRGB, pourquoi ne pas l’utiliser systématiquement ce qui évitera toute restriction de couleur. Simplement parce la limitation apportée par le sRGB n’intervient que dans certaines conditions et ne concerne qu’une plage restreinte de couleurs vives. En contrepartie, le sRGB propose une répartition de la luminance plus naturelle et la simplicité d’un standard reconnu. Alors, lequel choisir ? Le but de cet article est de lister toutes ces différences et de les expliquer afin que le photographe puisse faire son choix sans état d’âme. Pour simplifier la compréhension, tous les graphiques sont représentés dans l’espace CIE-xyY (Diagramme de chromaticité CIE). Voir aussi en complément, l’article complet sur le sRGB.

Le rôle de votre écran dans ce comparatif

Fig. 1. La zone colorée correspond aux couleurs que sait reproduire un écran standard. La différence entre l’écran et le sRGB est souvent infime (zone noire). Les couleurs supplémentaires apportées par l’Adobe RGB ne sont pas visibles sur un écran standard.

L’écran que vous avez devant les yeux est probablement comme pour 98 % des utilisateurs, un écran de milieu ou d’entrée de gamme, c’est à dire avec une gamme de couleurs équivalente au sRGB ou inférieure. Dans ces conditions, les quelques couleurs plus saturées d’un fichier en Adobe RGB ne seront pas visibles. Toutefois, l’écran de gamut standard fera apparaître des différences chromatiques non liées aux gamuts des deux profils étudiés.

La meilleure solution pour contourner la limitation de gamut liée à votre écran est de faire une simulation d’un écran à plus large gamme de couleurs.

Constatation des différences

Comparer deux profils différents n’est pas facile pour le néophyte, car la procédure pertinente n’est pas toujours évidente à mettre en place. Souvent une image est dirigée vers le sRGB en lui attribuant simplement le profil sRGB, alors qu’il fallait effectuer une conversion de profil vers le sRGB. Ou alors, on propose une photo à destination du web avec son profil Adobe RGB, l’image devenant terne sur les écrans des destinataires. Des erreurs de procédures sont à la base de ces difficultés. Ensuite il faudra prendre en compte la destination finale de la photo. Est-ce vers un écran ? Est-ce vers une impression ou est-ce vers un autre support ?

Commençons par observer une image qui contient la totalité de la gamme de couleurs du profil le plus large (Adobe RGB). On utilise pour cela une image de synthèse connue sous le nom d’arc-en-ciel de Granger. Ensuite il suffira de convertir cette image dans l’espace sRGB plus restreint en utilisant la bonne procédure, de faire les comparaisons et d’évaluer les différences simplement en survolant l’image.

Fig. 2. Un écran classique ne sait pas reproduire les couleurs plus saturées du profil Adobe RGB. Pourtant, des différences colorimétriques sont bien visibles.

Sur un écran standard (proche du sRGB), on ne constate pas de différence de saturation entre les deux profils. Par contre, on constate des variations de luminosité. Dans le sRGB le rouge et les mélanges de rouge sont plus sombres et le vert et les mélanges de vert sont plus clairs. On constate aussi sur le sRGB, mais c’est assez subtil, un léger glissement vers des couleurs plus chaudes dans la zone allant du bleu au vert. Les résultats de la figure 2 sont dépendants de l’écran que vous utilisez, ils sont donc sujets à caution.

Fig. 3. Simulation par désaturation pour apprécier les différences de saturation sur un écran standard.

Dans ce second exemple, toutes les couleurs sont proportionnellement désaturées et sont donc fictives. En plus des différences de luminance, on voit désormais apparaître des différences de saturation comme sur un écran à large gamut (approchant l’Adobe RGB).

En résumé, nous constatons que l’Adobe RGB propose des couleurs plus saturées dans la zone allant du bleu-cyan au vert. Nous constatons aussi que l’Adobe RGB propose des rouges avec une luminosité plus forte et des verts avec une luminosité plus faible. Nous négligerons la différence de luminosité des primaires bleues à peine visible.

La théorie confirme les constatations visuelles

Fig. 4. Le gain de couleurs saturées (région vert/cyan) dans l’Adobe RGB se traduit sur le graphique par une base chromatique plus large (zone blanche). Historiquement ce sont les industries graphiques qui ont sollicité des profils plus étendus que le sRGB afin que le cyan d’imprimerie soit pris en compte.

Les constatations précédentes s’expliquent facilement par la théorie. En effet les profils sRGB et Adobe RGB utilisent exactement les mêmes primaires Rouge et Bleue. Seule la primaire Verte est différente. Elle est plus saturée dans l’Adobe RGB (plus éloignée du blanc). C’est pour cette raison qu’on ne gagne du gamut que dans la zone cyan-vert jaune. Toutefois, il faut savoir que le gain dans la région du jaune est minime et seuls des observateurs expérimentés et entraînés arrivent à faire une distinction dans les jaunes des deux profils. Ainsi, la différence de gamme de couleurs entre le sRGB et l’Adobe RGB n’est réellement visible que dans la zone bleu glacier/cyan/vert.

Fig. 5. Comparaison de la saturation des primaires verte et rouge, mais aussi comparaison des luminosités des primaires vertes et rouges.

Comme vous le savez peut-être, les deux profils sRGB et Adobe RGB ont le même point blanc (D 65). Ce point blanc est obtenu par le mélange des trois primaires. Pour obtenir le même blanc que le sRGB, l’Adobe RGB doit compenser la plus forte saturation du vert par une intensité plus faible. Mais pour respecter le bon équilibre des luminances c’est-à-dire respecter R + V + B = 100 %, il faut réajuster les luminances des deux autres composantes pour compenser la perte sur la primaire verte. C’est pour cette raison que dans les constatations précédentes, nous avons observé un vert plus dense et un rouge plus clair dans l’Adobe RGB. Dans cet article, nous négligerons la très légère variation de la primaire bleue.

Dans la figure 5, la représentation est inhabituelle puisqu’elle représente le diagramme CIE xyY vu de dessous. Mais c’est ainsi que la comparaison entre les luminosités des primaires verte et rouge est le mieux mise en évidence. L’axe de la luminance est vertical et plus une couleur primaire est haute, plus elle est lumineuse. Plus une couleur primaire s’éloigne de l’axe de luminance (à droite ou à gauche) plus la couleur est saturée.

Ce qu’on gagne en gamme de couleurs dans l’Adobe RGB, on le perd dans l’équilibre chromatique des trois primaires. Le vert devrait idéalement représenter plus de 80 % de la luminance et le rouge moins de 20 %. En fait dans sRGB, le vert représente 72 % de la luminance et dans l’Adobe RGB, le vert représente 63 % de la luminance.

Pour résumer en une seule phrase ce comparatif, disons que l’Adobe RGB est plus riche et que le sRGB est plus juste.

Avec des gamuts différents et des luminances sur les primaires différentes, les deux profils ont des distributions tonales très différentes. La conséquence est que si on ouvre un fichier sRGB dans une configuration prévue pour l’Adobe RGB sans prendre de précaution, ce sera la catastrophe avec une inflation de la saturation et inversement si on ouvre un Adobe RGB dans un contexte sRGB, ce sera une image beaucoup plus terne que celle attendue.

Dans une manipulation correcte, c’est-à-dire dans une conversion d’Adobe RGB vers sRGB, la grande majorité des couleurs seront strictement conservées, mais on perdra définitivement les nuances des verts et cyans saturés représentées en blanc dans la fig. 4, même si ce n’est pas toujours visible sur l’écran.

Destination écran ou destination imprimante

Selon la destination finale de vos photos, écran ou impression, la stratégie sera radicalement différente.

Si la destination est uniquement vers les écrans (web, projection, écran TV, etc.), il n’y a pas de dilemme, car un seul choix s’impose : le sRGB. Dans ces conditions la retouche dans Photoshop pourra se faire directement avec sRGB comme espace de travail. L’ensemble du flux s’en trouvera simplifier, car on ne s’occupe plus des profils couleur.

Si la destination finale est l’impression, un espace plus large que le sRGB peut être nécessaire dans certains cas. Souvent ce sont le bleu glacier ou le cyan qui opposent une limitation (ciels, paysages aquatiques) et dans ce cas l’Adobe RGB devient nécessaire.

Fig. 6. Les primaires cyan, magenta et jaune de l’imprimante débordent souvent du profil RVB de la source.

Le problème se complique un peu avec l’impression pour deux raisons Tout d’abord, selon le papier utilisé ou les capacités de l’imprimante, le gamut du CMJN de sortie peut être plus ou moins large ou étriqué. Plus on travaille sur un CMJN à large gamut, plus le profil RVB de la source devra être large ! Ensuite, bien qu’un espace CMJN soit en principe toujours plus petit qu’un espace RVB, il déborde l’espace RVB dans les zones de ses primaires pures (cyan, magenta, jaune). C’est ce débordement qu’on tâche de contenir en choisissant un profil RVB suffisamment grand.

Si on ne veut aucune perte de nuance, il faut que le gamut du profil source RVB recouvre entièrement le gamut du profil CMJN de l’imprimante.

Les imprimantes savent produire un cyan très saturé et pour cause c’est une de leurs couleurs primaires. Par contre, elles ont beaucoup de mal à produire des bleus suffisamment saturés pour la bonne raison que le bleu est obtenu par mélange de cyan et de magenta. Le seul moyen de produire des bleus acceptables est de mettre la barre très haute sur les primaires cyan et magenta. La conséquence est qu’il est difficile d’obtenir une correspondance de ces cyans hypersaturés et denses sur un écran et d’une manière générale dans le modèle RVB. Le rôle de l’Adobe RGB est de corriger la faiblesse du sRGB sur le cyan, mais il ne sait pas reproduire tous les cyans denses et saturés.

On voit bien sur la figure 4 que l’Adobe RGB permet d’imprimer la plupart des cyans, mais pas tous. Si on veut imprimer chez un imprimeur qui utilise un papier couché à la norme ISO-Offset, seul le profil ECI-RGB permettra de reproduire un cyan d’une telle densité.

De la théorie à la pratique quotidienne

La très grande majorité des couleurs naturelles captées sur nos photos ne contiennent pas ces nuances extrêmes. En fait plus une couleur s’approche des nuances les plus saturées, plus elles sont rares dans la nature. Par exemple, un photographe qui pratique exclusivement du portrait ne sera pas concerné par l’Adobe RGB (à moins que son modèle pose pour des bijoux en émeraude). Mais certaines photos même si elles sont rares, vont contenir ces cyans difficiles à mettre en boîte.

Cela veut dire qu’une photo possède sa propre gamme de couleurs, et que le profil couleur n’est qu’une boîte qui sert à la contenir. Le plus souvent la gamme de couleur de l’image est bien plus petite que l’espace sRGB. D’ailleurs, les couleurs naturelles nous semblent ternes sur les photos et souvent la retouche consiste à saturer les couleurs pour se plier à la mode actuelle.

Fig. 7. Il est impossible qu’un portrait occupe l’ensemble de l’espace sRGB. Il se contente d’une petite portion.

Dans ce premier exemple, la couleur de peau et la texture des cheveux vont se contenter d’une toute petite portion de l’espace RGB, essentiellement dans la partie centrale et désaturée. Ce gamut propre à l’image est représenté par la zone dentelée. Sur une telle photo, l’utilisation de l’Adobe RGB ne fera que rajouter du gamut non utilisé. On peut retoucher et imprimer cette photo sans aucune perte en utilisant le sRGB.

Fig. 8. Les bleus du ciel ou le turquoise de l’eau débordent quelques fois la limite du sRGB.

Dans ce second exemple, les reflets bleutés et turquoise étendent le gamut de l’image jusqu’à la limite du sRGB et le dépassent par endroits. Imprimer cette photo avec le sRGB fera perdre quelques nuances de cyan et bleu. L’Adobe RGB est préférable.

Les deux exemples précédents peuvent être considérés comme des cas particuliers. Pour prendre vraiment un cas généraliste et avec des couleurs suffisamment saturées, voici un dernier exemple qui concerne la charte de couleur Colorchecker de Gretag-Macbeth bien connue des photographes.

Fig. 9. Pour toutes les couleurs de la charte, le sRGB n’est débordé que par le cyan primaire (le jaune primaire déborde à peine).

Les deux premières rangées de la charte ColorChecker présentent des couleurs naturelles fréquentes. La troisième rangée présente les 6 couleurs primaires et la dernière rangée présente une gamme de gris. On ne retrouve que 19 des 24 valeurs dans le diagramme, car les 6 couleurs en niveaux de gris se superposent sur le point achromatique. Le sRGB est capable de représenter la plupart des couleurs de la ColorChecker. Sur la charte réelle, seul le cyan présente un peu plus d’éclat. La perte sur le jaune est ici trop minime pour être prise en compte.

Conclusion

Les différences entre sRGB et Adobe RGB ne sont finalement pas très importantes et pour ne parler que de la différence de gamut, elle se concentre sur une petite zone de nuances. L’avantage décisif de l’Adobe RGB est de prendre en compte la plupart des cyans d’imprimantes, ce qui en fait un espace colorimétrique privilégié par l’impression.

Choisir l’Adobe RGB, c’est L’assurance d’une plage de couleurs plus large, mais en acceptant en contrepartie de jongler entre le sRGB et l’Adobe RGB pour l’exportation des photos selon leur destination.

Choisir le sRGB, c’est se simplifier la vie en ne se préoccupant plus du tout des profils couleur, mais en acceptant en contrepartie des écarts de saturation sur les bleus/cyans sur quelques photos.

14 Messages de forum

  • Quelle différence entre sRGB et Adobe RGB ? 7 août 2010 16:12, par luke

    Adobe RGB permet d’adresser un nombre de couleurs plus important (c’est son interet).
    Mais si on est pas en RAW, chaque pixel est définit par 3 composantes quantifié sur 8bits.

    Ainsi, les pas de quantifications sont plus large pour adobe RGB (pour pouvoir couvrir l’espace plus grand).
    Comme il est très justement rappelé, la partie de gatmut la plus utilise est au centre. Ces couleurs se trouverons "arrondit" plus grossièrement. (pas cool)

    C’est surement assez neligable, mais est ce que je me trompe dans mon raisonnement !?

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    • Quelle différence entre sRGB et Adobe RGB ? 7 août 2010 22:10, par Daniel Metz

      Le terme quantification n’est pas approprié, mais je crois comprendre votre raisonnement. C’est ce que j’essaie de développer dans le lien "sans aucune perte" entre les figures 7 et 8. Il confirme votre pensée.

      On a bien des écarts de saturation plus fins dans le sRGB entre deux niveaux de quantification. Mais en fait c’est négligeable.

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  • Merci pour votre réponse et ce site assez complet.

    - Les sites traitant de ces problèmes (et en français) sont trop rares.-

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  • Quelle différence entre sRGB et Adobe RGB ? 27 août 2010 18:12, par once

    Merci pour cet article vraiment bien expliqué mais juste une question supplémentaire si vous le permettez. mon labo me demande de lui présenter des images en sRGB mais ce jusqu’au format 30x45 en connaissez-vous la raison ?

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  • Quelle différence entre sRGB et Adobe RGB ? 12 novembre 2010 11:42, par ravenpisuerga

    Bonjour,
    Merci pour cet exposé.
    Cordialement

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  • Quelle différence entre sRGB et Adobe RGB ? 30 novembre 2010 18:57, par Stéphane

    Un TRES grand merci pour la qualité de votre article !
    La plupart des labos on line utilisent le sRGB.
    J’opte donc pour le RAW+sRGB, et puis, le jour où je veux faire tirer un grand format, en "fine art", je convertirai en adobe...

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  • Quelle différence entre sRGB et Adobe RGB ? 23 décembre 2010 15:18, par Esbly

    Simple, compréhensible, démonstratif est votre article.

    Finalement sur une carte SD à remettre au studio de développement, dois-je mettre des photos au format TIFF sauvegardées sous CMJN avec profil adobe RGB ?

    Merci

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  • Quelle différence entre sRGB et Adobe RGB ? 3 mai 2011 11:09, par kika

    Fabuleux, j’ai tout compris. Merci !

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  • super article très clair, merci

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  • Quelle différence entre sRGB et Adobe RGB ? 15 juin 2013 15:01, par bercier

    ce site est vraiment bien
    comme je l’écris depuis longtemps

    une petite remarque :

    Fig. 2. Le tableau de la fig. 1 est représenté ici sous forme graphique. La courbe de visibilité (ou efficacité lumineuse relative) V(λ) confirme que nous voyons le vert plus lumineux que le rouge ou le bleu. En rouge, la courbe de visibilité pour une vision diurne (version de 1924, observateur de 10 °) et en gris, courbe de visibilité pour une vision nocturne (version 1951).

    La version de V1924 est faite pour 2° et non 10°(10° c’est pour V1964)

    V1924 est dite aussi sensibilité de l’oeil.

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  • Quelle différence entre sRGB et Adobe RGB ? 8 février 2014 12:20, par trintrin

    Bonjour ,

    Tout d’abord un immense merci pour ces explications !

    Ensuite, pourriez vous nous indiquer comment traiter des images destinées à la vidéo projection.
    Je travaille sur un écran à large gamut RVB ( Eizo ) qui fonctionne parfaitement pour les tirages papier ( Fichier TIF traités sous Photoshop )
    Dès que je transforme ces fichiers travaillés en JPG Srgb pour le vidéo projecteur, les résultats sont souvent désastreux.
    Ceci est d’autant plus flagrant quand il s’agit de photos de nature.

    Merci d’avance !

    Daniel

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