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Qu’est-ce que la luminosité ?

janvier 2007, par Daniel Metz

 

Si la luminance correspond à l’intensité lumineuse réelle et mesurable d’une source de lumière, la luminosité est l’interprétation de cette luminance par la vision humaine.

Fig. 1. Alors que l’appareil photo va capter correctement la luminance, l’oeil humain va interpréter cette même luminance en limitant le contraste, cela afin d’élargir au maximum ses capacités d’adaptation à la lumière.

De notre point de vue égoïstement humain, nous préférons penser que c’est l’œil qui capte correctement la lumière tandis que l’appareil photo mesure la lumière d’une façon qui nous semble pas du tout linéaire.

Pour un utilisateur d’images numériques, la perception visuelle (la luminosité) correspond aussi à la distribution normale des valeurs des pixels ; un gris noté à 50 % dans l’échelle des valeurs donnera effectivement la sensation d’un gris moyen. En d’autres termes, nous notons les valeurs de gris et de couleur en tenant compte de l’aspect subjectif de la luminosité et non en tenant compte de la vraie valeur objective qui correspond à la luminance.

Pourquoi l’oeil corrige-t-il ainsi la perception de la lumière ? La sensibilité de l’oeil à la lumière est le résultats de millions d’années d’adaptation pour en faire un outil incroyablement perfectionné capable de s’adapter aussi bien aux très fortes lumières qu’à une profonde pénombre. Lorsque la lumière diminue de moitié, l’oeil ne prend en compte qu’une fraction de cette diminution, l’iris s’agrandit pour compenser.

Fig. 2. On peut essayer d’imaginer comment un capteur linéaire voit la lumière en ouvrant une image dans un profil couleur de gamma linéaire : La gamme de luminosité progresse plus vite que dans une image standard. Mais c’est la vision des choses interprétée sur l’échelle de la luminosité. Si on se place d’un point de vue physique et donc sur une échelle de luminance, l’image en gamma 1 est alors linéaire et celle en gamma 2,2 déformée et non linéaire.

On appelle Luminosité (L) cette façon particulière de l’oeil de percevoir la luminance. Le modèle colorimétrique sensé décrire la vision humaine, le CIE LAB utilise donc ce paramètre L pour décrite la distribution tonale. La relation qu’il existe entre Luminosité et Luminance a été décrite avec précision par une équation mathématique non linéaire et qui correspond à une courbe géométrique représentée dans le graphique ci-dessous.

Fig 3 : La relation entre luminance et luminosité est définie par le modèle colorimétrique CIELAB. Une source lumineuse (Y) ayant seulement 18 % de la luminance de référence (Yn) sera perçue comme un gris moyen de 50 % de luminosité.

Il n’est pas véritablement possible de faire correspondre la courbe de luminosité à une courbe gamma classique, car la courbe est en perpétuel changement selon l’intensité de l’éclairement. Mais dans les conditions d’éclairage d’un atelier de photogravure aux normes standard, il est possible de faire correspondre le gamma de la luminosité à la valeur 2,42. c’est la valeur attribuée à la Grandeur L* (Luminosité) dans les unités CIELAB.

Il n’est pas du tout évident d’imaginer que la luminance puisse être mesurée selon une autre échelle puisque toutes nos intuitions nous ramènent toujours vers la luminosité. Pourtant, c’est le cas de tous les appareils qui mesurent la lumière. Ils prennent la luminance telle qu’elle est, sans la déformer. Donc finalement c’est la luminance qui s’inscrit sur une échelle linéaire alors que notre perception de la luminosité est déformée selon une courbe non linéaire.

Luminosité ou clarté ?

Dans le langage courant, le terme luminosité désigne la lumière d’une manière générale et sans lui donner un sens précis. Ici le terme luminosité prend un sens plus précis et désigne les intensités lumineuses quevous percevez sur votre écran et correspond approximativement au terme luminosité dans votre sélecteur de couleur.

Mais pour être encore plus précis et rigoureux, c’est en fait le fonction L* du modèle CIELAB ( ou L*a*b*) que décrit le terme luminosité et il correspond au terme anglais Lightness. Pour éviter tout risque de confusions, les scientifiques du domaine de la colorimétrie préfèrent employer le terme Clarté pour désigner la luminosité dans le modèle CIELAB.

3 Commentaires sur le forum
  • Qu’est-ce que la luminosité ? 27 juillet 2008 07:03, par sansame

    Voici quelques commentaires sur la « luminosité ».

    Revenons tout d’abord à la luminance. Rappelons que cette grandeur est l’interprétation perçue d’un rayonnement lumineux, qui permet de répondre à la question : ce rayonnement vert est-il aussi lumineux que ce rayonnement rouge ? En effet, si les deux rayonnements rouge et vert considérés possèdent la même luminance, c’est, par définition, qu’ils sont perçus comme aussi lumineux l’un que l’autre par la vision (voir mon commentaire sur votre page consacrée à la luminance). Comme la perception visuelle est moins sensible au rouge qu’au vert, il faudra probablement, pour obtenir cette égalité, que la radiance du rayonnement rouge (puissance physique en Watts) soit bien plus grande que celle du rayonnement vert…

    Il y a quelques années, le mot luminosité était, en français, pris comme synonyme du mot luminance. Aujourd’hui, l’ISO la considère comme « un caractère non quantifié de la sensation ». Il faut éviter de noter la luminosité par la lettre L car cela crée une une confusion avec la grandeur L*, la clarté de l’espace CIELAB, ou même avec la grandeur L de son ancêtre, l’espace Lab de Hunt. Les spécialistes de la colorimétrie emploient en général, mais pas toujours, le mot « clarté » pour traduire en français le mot « lightness » qui désigne en anglais la grandeur L* commune aux espaces CIELAB et CIELUV. L’appeler luminance est un contresens, mais l’appeler luminosité, comme le fait hélas Photoshop, n’est guère mieux…

    Bien que l’ISO ait renoncé à toute quantification de la luminosité (perçue), on peut tout de même s’y intéresser en regardant d’abord ce qui arrive à la luminance RVB quand elle est traitée par un appareil. Si on mesure ce que produit un écran d’affichage quand on lui injecte en entrée trois composantes ReVeBe, on constate qu’en sortie, il affiche la couleur RsVsBs. La relation qui permet de calculer chaque composante en sortie à partir de la composante injectée en entrée est, pour un écran, et pour beaucoup d’appareils, du type :

    Rs=RePuissanceGamma

    Cette équation s’appelle la « fonction de transfert » de l’appareil. Gamma est un coefficient caractéristique de l’appareil qui, pour un écran, se situe dans la fourchette 1,8 – 2,5.

    On peut grossièrement appliquer ce raisonnement en cherchant la fonction de transfert de la perception visuelle. La question « ce rayonnement blanc est combien de fois plus lumineux que cet autre rayonnement blanc » étant très difficile à traiter, on dispose de peu de données quantifiées pour établir la fonction de transfert de la vision. Notons tout de même que, quand ils établirent l’espace CIELAB, les experts de la CIE, en inventant la clarté L* pour approcher la perception visuelle, choisirent de calculer L* à partir de la racine cubique de la luminance Y. Ils imaginaient en effet que la fonction de transfert de la vision était à peu près la suivante :

    Luminosité perçue = racine cubique de la luminance

    Cette fonction de transfert de la vision est analogue à celle d’un écran, mais avec un coefficient gamma égal à 1/3.

    Cette fonction de transfert visuelle approximative a toutes sortes de conséquences. La principale étant que la vision est perçoit mieux les petites différences de luminances dans les zones sombres que dans les zones claires.

    Quant aux questions de compressions dynamiques nécessitées par les aventures successives subies par une image : scène dans la nature (dynamique colossale), capture par un APN, impression sur papier (dynamique très modeste), c’est une toute autre histoire qui est autant influencée par des considérations esthétiques que par des algorithmes basés entre autres sur la fonction de transfert visuelle…

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    • Qu’est-ce que la luminosité ? 15 septembre 2008 07:06, par Daniel Metz

      Bonjour,

      Désolé pour le temps de latence pour la validation de certaines contributions, mais le site a été submergé de spam durant les vacances et le tri est assez long.

      je suis tout à fait d’accord avec vous sur la complexité et le fouillis ambiant concernant les grandeurs en colorimétrie (surtout les françaises) ; Effectivement j’emboite le pas à Photoshop pour définir L, bien que j’admette que cela ne soit pas rigoureux, mais les lecteurs de ce site sont avant tout ou des infographistes ou des photographes.

      >Rs=RePuissanceGamma

      >Cette équation s’appelle la « fonction de transfert » de l’appareil. Gamma >est un coefficient caractéristique de l’appareil qui, pour un écran, se situe >dans la fourchette 1,8 – 2,5.

      Cette équation s’appelle plutôt fonction gamma, le terme fonction de transfert étant plutôt réservé à l’inverse de la fonction gamma

      soit Rs=RePuissance 1/Gamma

      Du moins si on se réfère aux habitudes du milieu de la vidéo.

      Très intéressant votre développement sur la vision humaine. Effectivement la fonction de transfert à appliquer à l’oeil varie en permanance en fonction de l’éclairage ambiant. La FOGRA propose toutefois lorsque la lumière ambiante ne dépasse pas 32 lux (norme ISO 12646) d’attribuer pour l’oeil une fonction de transfert dont le gamma est 2,42. On n’est pas très loin du standard sRGB ou du gamma 2,2.

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  • Qu’est-ce que la luminosité ? 11 août 2009 07:09, par hust

    lumineux ! très clair et bien illustré bravo et merci, hust

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